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(Humeur)

To be or not to be Charlie : that is the question… Ou plutôt, que penser de cette mobilisation dont tous les médias s’accordent à dire qu’elle demeurera historique ! Quatre millions de pélos dans les rues, pensez donc ! En plus de toutes ces manifestations de soutien organisées en divers coins du globe, fût-il sphérique…
Fallait-il défiler au coude à coude avec le front national, les Russes, le Gabon ou même Israël qui n’en finit pas de se débattre pour qu’on ne lui impute pas officiellement les crimes de guerre qu’elle perpètre continuellement depuis des années ?
Que dire de l’ampleur prise par un tel événement suite à la mort de dix-sept personnes et la neutralisation des trois terroristes quand dans le même temps Boko Haram décimait des villages entiers le long de la rive du lac Tchad et éparpillait des centaines de cadavres et ce sur des kilomètres, dans l’indifférence générale et l’oubli médiatique ? Je pourrais également mentionner cet attentat sunnite à Tripoli, au Liban, dans un quartier alaouite… Des pros Daech, ou simplement partisans de la rébellion Syrienne qui ne se résume pas à l’état islamique, contre des soutiens à Bachar-El-Assad… Mais parler de musulmans qui se massacrent entre eux alors que l’occident souffre et pleure ses quelques morts… Mauvais calcul commercial quand on vend de l’information…

Loin de moi l’idée de chercher à définir ce qu’il faudrait faire ou penser. Je me borne à de simples constats et je rappelle qu’il ne saurait y avoir une seule attitude à tenir et une seule voix qui s’exprimerait face aux événements.

Verserais-je donc dans un si mauvais esprit à craindre la récupération politique de ladite mobilisation ? De cette unité factice ? Tout le monde s’avoue contre la guerre, la mort et le terrorisme, la belle affaire… Qu’en est il de nos libertés réelles au-delà de cette manifestation presque trop évidente pour celle liée à l’expression ? Où sont passés ces débats sur la censure de telle personnalité ou l’autocensure qui deviendrait peu à peu une norme, bien-pensante à gerber par ailleurs ? Mauvais esprit que de rappeler que Charlie Hebdo se voyait un journal en bout de course financièrement parlant, peu lu et bien souvent conspué. Que de « Charlie » célèbres, influents ou haut-placés à les avoir critiqués, estimant qu’ils allaient trop loin, qu’ils n’étaient pas drôles ou que la religion méritait certains égards… Combien sont-ils à leur avoir refusé soutien monétaire et à défiler désormais.
Mauvais esprit que de renifler tous ces candidats potentiels aux prochaines échéances nationales venus prendre position et se fendre d’une petite phrase tout sauf désintéressée ?
Qu’en aurait-il tiré, nos joyeux dessinateurs, d’un tel mélange des genres pour une cause si évidente ?

Pour ma part, je reconnais être passé dans le camp de Siné dès son limogeage d’un journal que je ne lisais que rarement faute d’incompatibilité avec le rédacteur en chef de l’époque. Je me souviens néanmoins la bibliothèque de Polac ou les billets de Cavanna, cette superbe couverture avec Sarkozy s’écoulant d’un orifice anal anonyme… Cabu, peut-être…

Quel est le sens de cette manifestation ? Affirmer au terrorisme que nous sommes unis et mobilisés contre lui ? Lui montrer que l’on ne cédera pas ? Prouver que la moindre escarmouche sur nos terres nous plonge dans un émoi planétaire alors que brûle en permanence l’Afrique et le Moyen-Orient ? Faire de l’émotion à bas coût avant de reprendre le commerce mondial des armes, la spoliation des ressources naturelles et l’exploitation de l’homme par l’homme ?
Evidemment que l’on ne va pas ignorer une atteinte à la liberté de la presse, fondement démocratique, et laisser tuer des journalistes sans réagir, ainsi que du flic et de l’agent d’entretien, voire de l’otage… Quid des journalistes emprisonnés ou tués en deux mille quatorze ? Quid de la liberté d’expression dans les pays représentés sur cette marche à Paris ?
Ne comptez pas sur moi pour ignorer l’hypocrisie et la superficialité inhérente à une telle manifestation ! Certes, les valeurs louées sont belles, puissent les garnements mobilisés s’en souvenir et se construire en conscience ! Paris fut à nouveau centre du monde et le français, grisé, est sorti dans la rue en compagnie de ses compatriotes. Nul doute qu’il ressortira demain pour nourrir ses pauvres, aider ses défavorisés et accueillir d’éventuels réfugiés…

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